Initiation à la vie pour mes 19 ans Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 
Petite histoire. Je vais avoir 19 ans. Nous sommes à Toulon, rue du Chevalier Paul. "Chicago" pour les initiés.
Avec des copains de l’Escoteur rapide « l’Alsacien », des missiliers, des électricien d’armes, des mécanos diésélistes, un cuisto, des engagés, des appelés, nous allons fêter mon anniversaire.
L’année d’avant, dans un bordel de la rade, on avait jeté sa gourme avec l’aide d’une pute au grand cœur, du genre, « chérie tu me paies une petite flûte ? » qui, la gentille dame, assise dans l’ombre d’un des nombreux bars du port militaire, alors que le soleil écrase de sa lumineuse chaleur toute la ville, une main occupée à manger son sandwich et de l’autre experte mais attentionnée sur une protubérance mal maîtrisée entre les jambes pantoises du mataf découvrant la vie…. Mais à 19 ans, dans la grande initiation de la vie, il fallait savoir déjà se renouveler.

La gageure, puisque nous sommes dans le sud de la France, c’est d’être capable de boire le Pastis... Sans eau.
Pourquoi sans eau ? Et bien à vrais dire, des décennies plus tard, je ne saurais toujours pas l’expliquer. Etait-ce l’imaginaire puéril qui décidait ainsi que ce devait être l’autre étape de la vie pour être un « homme » ? Peu importe, car ce qu’il y a de certain, c’est que des experts se trouvaient dans le groupe et emmenèrent les autres vers cette expérience d’assoiffé sans soif. Dont moi.

Je tins le coup magistralement à boire ce Pastis sans eau. Nous n’avions pas encore dîné non plus. Mais je ne sais plus pourquoi, une violente soif s’est manifestée. Il me fallait m’abreuver. Mes copains m’interdire l’accès à l’eau, il faut le faire tout de même ! Prétextant un danger éminent si j’étanchais ma soif après tous ces Pastis ingurgités. Têtu, sans tenir compte des recommandations des plus experts d’entre nous j’ai bu une grande quantité d’eau fraîche et le malheur m’est tombé sur la tête...
La réaction fut violente, du mélange de la boisson anisée et de l’eau dans l’estomac tout l’alcool se trouva libéré dans l’organisme. J’ai vomi tout ce que je pouvais, des heures durant au-dessus d’un bidet à me vider, la tête dans une tempête monstrueuse à perdre le nord, ballotté dans des nausées infernales, ceci durant toute la nuit ….. Je ne me souviens plus de ce qui se passa ensuite, hormis un horrible mal de tête des jours durant.

Je peux vous assurer qu’aujourd’hui encore, à la moindre odeur du Pastis ou d’une boisson anisé, le souvenir de mes 19 ans refait surface.

Si d’aventure, je dois trinquer parce que je suis invité à un apéritif et qu’il n’y a que du Pastis ou du Ricard, même si je prends le soin de noyer dans un grand verre d’eau une dose de liqueur jaune, dans la minute qui suit, un mal de tête infernal me rappelle au bon souvenir de cette mémorable expérience.
William Jamois
 
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